• "Faites l'amour, ne faites pas la guerre" Raymond DEVOS

    Je viens de voir sur un mur
    Une inscription :
    "Faîtes l'amour, ne faites pas la guerre."
    C'était écrit :
    "Faîtes l'amour, ne faites pas la guerre."
    On vous met devant un choix!
    "Faîtes l'amour, ne faites pas la guerre."
    Il y en a peut-être qui voudraient
    Faire autre chose!
    D'abord, il est plus facile de faire l'amour
    Que de faire la guerre,
    Déjà, il faut... faire une déclaration!
    Pour faire l'amour aussi!
    Il est plus facile de faire
    Une déclaration d'amour,
    Qu'une déclaration de guerre!
    Dans l'histoire de France,
    Il y a des exemples :
    A Domrémy,
    Il y avait un jeune berger
    Qui était amoureux d'une bergère
    Qui s'appelait Jeanne.
    Il voulait faire l'amour.
    Elle ne voulait pas!
    Elle voulait faire la guerre!
    Elle est devenue "Pucelle" à Orléans!
    Le repos de la guerrière,
    Elle ne voulait pas en entendre parler!
    On ne peut pas dire de Jeanne
    Que ce soit l'amour qui l'ait consumée!
    Remarquez, si on fait l'amour,
    C'est pour satisfaire les sens.
    Et c'est pour l'essence
    Qu'on fait la guerre!
    D'ailleurs,
    La plupart des gens
    Préfèrent glisser
    Leur peau
    Sous les draps
    Que de la risquer
    Sous les drapeaux!


    Raymond DEVOS



    Raymond DEVOS, grand humoriste, spécialiste dans les jeux de mots, a entièrement sa place sur ce blog, car le slam consiste aussi à jouer avec les mots, or dans cette discipline il était un véritable maître. GRAND HOMMAGE AU COMIQUE.

  • Une interview de Julien Delmaire sur le slam en France et à Lille


    Dans son dernier numéro, le magazine urbain A Nous Lille consacre un grand article au slam à travers l’un des meilleurs slameurs français, Julien Delmaire. Une forme de reconnaissance aussi du travail de fond de l’association en faveur du slam. Nous reproduisons ici l’article, également disponible sur le site de A nous/Lille
    Julien Delmaire, slamer!
    Julien Delmaire a 30 ans et se consacre pleinement à sa passion : le slam. De cette pratique artistique parfois encore méconnue, il s’est fait un véritable ambassadeur, soucieux d’encourager chacun à s’exprimer librement, à écrire lors d’ateliers, à prendre la parole lors de scènes ouvertes. Un art qui réconcilie avec l’écriture, la prise de parole et qui permet d’exorciser.

    Comment avez-vous découvert le slam ?

    Au Zem théâtre à Lille en 2000 et j’ai tout de suite adhéré. J’écrivais déjà de la poésie, du rap. Le côté convivial, micro ouvert, m’a plu. J’ai écrit de plus en plus de textes et en 2003-2004, j’ai décidé de m’y consacrer à plein temps. Depuis trois ans, je vis de ma pratique artistique : c’est une passion qui s’est transformée en métier.

    Cela signifie qu’on peut vivre du slam aujourd’hui ?

    Oui, mais c’est un risque. Tout le monde ne gagne pas sa vie comme Grand Corps Malade ou Abd Al Malik. Choisir de vivre de son art, c’est choisir l’instabilité, jongler entre les ateliers, les scènes. Je me vois mal faire autre chose… Depuis trois ans, je suis salarié d’une association, la Compagnie Générale d’imaginaire, qui travaille sur la promotion du slam.

    Quel est votre rôle ?
    J’anime des ateliers pour des publics divers : celui des écoles, en prison, avec des personnes non-voyantes, des primo-arrivants… Cela m’apporte beaucoup, chaque atelier me fait évoluer, c’est une vraie gratification. Dans ces moments, le slam est mis en avant, mais il permet aussi d’appréhender la poésie classique de manière contemporaine : par exemple de présenter Rimbaud d’une autre manière à un jeune de 17 ans. Il est important aussi de montrer que l’écriture est un plaisir, que c’est un outil incroyable pour appréhender le monde. C’est aussi l’occasion de mettre en valeur le potentiel créatif de chacun.

    Depuis vos débuts, constatez-vous une évolution du genre ?
    Il y a eu beaucoup de changements sur la scène slam nationale et à Lille notamment. Entre le Zem, le Salsero, le Café de la Treille, le Baobab, etc., on peut slamer deux fois par semaine à Lille. Avec Grand Corps Malade, les gens ont été sensibilisés et la scène lilloise est particulièrement dynamique. Les échanges avec la Belgique, le bassin minier et le Pas-de-Calais existent et la scène européenne se fédère. Le slam n’appartient plus à l’underground : il y a une volonté d’agir au grand jour, de populariser cet art.
    En même temps, le slam reste un art intimiste, qui fuit les grandes scènes…

    Tout le monde a entendu parler du slam, mais le grand public aimerait le figer, comme une sorte de hip hop soft. Le slam est né, comme le hip hop, dans les années 60/70 aux Etats-Unis, cependant, on ne peut pas mettre les deux dans la même case. Il y a autant de slam que de slameurs. Chacun peut devenir slameur : pour beaucoup, il s’agit d’une pratique amateur. Comme dans les cinq minutes “warholiennes” : chacun a le droit d’être écouté et applaudi. C’est un véritable espace de libres paroles et un sacré contre pouvoir. Il n’y a pas de marchandisation du slam, les scènes restent gratuites ou très peu chères. C’est un havre parce qu’il n’y a pas d’enjeu d’argent. Pas plus que de pression sociale car personne ne juge l’autre. Même si on est professionnel sur une scène, on demeure une personne parmi les autres. Cela remet l’art au niveau des gens, il y a une vraie exigence d’humilité.

    Quels types de personnes participent aux soirées ?

    Le slam est un dispositif, un espace où les gens peuvent s’exprimer librement avec seulement une contrainte de temps et l’obligation que ce soit a capella. Mais cela peut-être un texte - écrit soi-même ou le texte d’un autre -, une chanson, de la poésie, du stand up, un sketch… L’idée est que chacun peut prendre la parole et redevient spectateur ensuite. Le profil est varié : de l’étudiant en Lettres au jeune rappeur, en passant par le poète et la personne qui ressort ses carnets du tiroir. Il y a une mixité sociale et une certaine parité. Les gens se libèrent, s’affirment dans un espace public. Mais les textes n’ont pas un contenu forcément politique, même si à Lille, beaucoup sont militants, conscients. Ce côté revendicatif, même dans les textes comiques, est certainement lié à l’histoire de la région alors que les scènes parisiennes sont souvent plus légères. Ce “slam-thérapie” permet d’exorciser, il prend l’allure de catharsis sociale. C’est à la fois artistique et cela implique du dialogue social.

    Et vous, de quoi vous inspirez-vous ?

    Mes textes sont engagés. Pour moi, la poésie est un outil de compréhension du monde, de questionnement, de dialogue, d’interpellation de l’autre. Bien sûr, il y a des images, des allégories, mais les textes font référence à la réalité. La poésie est un mariage entre l’esthétique et l’éthique, elle permet aussi de parler des marginaux et de rapprocher les gens qui se croient séparés.

    Quels lieux aimez-vous fréquenter dans la métropole lilloise ?

    L’ARA à Roubaix est un lieu où artistes et acteurs socioculturels se rencontrent dans un esprit de partage, c’est un lieu incontournable. J’écris beaucoup au musée de la Piscine à Roubaix, il m’inspire. Je vais régulièrement au Salsero et aussi au Club, rue Gambetta à Lille. De manière générale, j’aime aussi les petits théâtres, ceux qui ont un côté intimiste : le Zem, l’Antre-deux, l’USTL à Villeneuve-d’Ascq. Ce sont de petits lieux, mais très accueillants.

    LORATEURDUDJOLOF

  • Indolente Èlodie




    Elodie dit
    qu’elle a envie de faire
    un petit tour
    sur la Canebière.
    Elle passe sa robe rouge,
    et ses sandalettes.
    Elle met dans un panier
    une pomme assortie,
    qu’elle a acheté hier
    chez Monoprix.
    Indolente Elodie,
    que dis-tu ?
    Tu me regardes, pour-
    quoi ris-tu ?
    Indolente Elodie,
    où vas-tu ?
    Elodie elle
    n’abuse pas des idées…
    Elle se prélasse,
    regarde la télé.
    Elle suce une glace,
    si vorace Vénus,
    elle tête un petit vin,
    chaud et sucré…mmm !
    Et dans la salle de bain,
    elle soupire.
    Indolente Elodie,
    que dis-tu ?
    Tu me regardes, pour-
    quoi ris-tu ?
    Indolente Elodie,
    où vas-tu ?
    Elo digère
    tout ce qu’elle avale,
    toutes les couleuvres
    de sa paresse.
    Elle se fait les ongles
    et les sourcils…
    Elle attend, elle attend
    que ça passe.
    Elle sourit insolente
    là-bas aux passants.
    Indolente Elodie,
    que dis-tu ?
    Tu me regardes, pour-
    quoi ris-tu ?
    Indolente Elodie,
    où vas-tu ?
    Elodie est malade,
    elle a la nausée.
    Elle a comme d’habitude
    un peu abusé.
    Elle va finir
    beurrée sur son canapé.
    Elle va rêver,
    de baleines et de carpes,
    de poissons-chats,
    et puis vite oublier…
    Indolente Elodie,
    que dis-tu ?
    Tu me regardes, pour-
    quoi ris-tu ?
    Indolente Elodie,
    où vas-tu ?
    Indolente Elodie,
    que dis-tu ?
    Indolente Elodie,
    où vas-tu ?
    Indolente Elodie,
    où es-tu ?
    Elodie aime,
    le savon de Marseille.
    Elle aime un peu
    la crème de Cassis.
    Elle aime aussi
    les glaçons, la lavande,
    et les garçons…
    qui l’amusent un peu.
    Elo dit net
    que tout l’ennuie…
    Indolente Elodie,
    que dis-tu ?
    Tu me regardes, pour-
    quoi ris-tu ?
    Indolente Elodie,
    où vas-tu ?
    Dans son regard
    passent des sentiments,
    qui se reflètent
    dans le frigo vide.
    Elle pourrait
    ce soir pleurer peut-être,
    mais l’effort
    et le rimmel l’en dissuadent.
    Et pourtant…
    sa peau est si douce.
    Indolente Elodie,
    que dis-tu ?
    Tu me regardes, pour-
    quoi ris-tu ?
    Indolente Elodie,
    où es-tu ?





    © 2002



  • Fantôme

    T'as plus qu'la peau sous le manteau
    Et 2 yeux géants, plus de joues
    Dans ton sac en plastique
    2 ou 3 reliques
    Presque transparente
    Un fantôme, flippante

    Pas l'temps d'demander
    D'l'eau ou à manger
    La patronne est sans pitié
    Sa banquette tes os vont trouer

    T'es pas à l'Armée du Salut
    Tu fais semblant d'lire le menu
    2 minutes d'chaleur à gagner
    Voilà l'renfort faut pas rester

    On voit qu't'en as plus pour longtemps
    Alors on t'pousse vers la sortie
    Avec ta dernière illusion
    Et ton regard et tout c'qu'il dit



    © 2000


  • Etre une fille


    Etre une fille







    Les propos qui transpercent

    Les regards qui rabaissent

    Ils rêvent d'une déesse

    Qui serait t'nue en laisse



    Ils veulent qu'elles les rassurent

    Qu'au pieu elles assurent

    Qu'elles gomment les ratures

    D'une vie trop dure



    Ils recherchent Barbie

    Pour jouer avec elle

    Ils rêvent d'une nuit

    Au pays des merveilles



    Ils les dévorent des yeux

    Imaginent des scènes

    Des chocs langoureux,

    Des attouchements obscènes



    La fille s'en rend compte

    Elle file sans acompte

    Elle passe son chemin

    Pour fuir cette rencontre



    Le prochain est mignon

    Mais il tremble comme une feuille

    Il bafouille son prénom

    Et n'en franchit le seuil



    Elle cherche son prince

    Son poète de demain

    Le futur Brassens

    Qui sera là, à la fin



    Mais pas que des mots

    Un amour sincère

    L'hypocrisie est le fléau

    Qui stagne en notre ère



    Elle se demande pourquoi

    A chaque fois qu'elle cherche

    Elle tombe sur des gars

    Qui ne voit que ses fesses



    Sont ils tous comme ça ?

    Ou est-ce elle qui aguiche ?

    Pour plaire à ceux là

    Faut il être une potiche ?



    Elle se sent violée

    Par tout leurs regards

    Elle se sent niée

    Jusque dans ses espoirs



    Elle se sent sale

    De ces mains imaginaires

    Posées avec fringale

    Sur son corps, sur sa chair



    Elle voudrait être aimé

    Avoir une épaule

    Sur laquelle se poser

    Sans aucune fraude



    Elle voudrait avoir confiance

    En celui qui cette nuit

    Aura cette chance

    De l'étreindre à grands bruits



    Elle veut être elle-même

    Ne rien concéder

    Ne pas perdre ses rêves

    Mêmes les plus effrontés



    Elle veut vivre à deux

    Elle veut qu'on la respecte

    Elle veut qu'ils soient amoureux

    Sans former une secte



    Elle veut vivre des beaux jours

    Etre heureuse simplement

    Dire je t'aime tous les jours

    Et le penser sincèrement



    Qui sommes nous donc

    Pour lui refuser ce droit ?

    Celui d'être heureux

    Et pourtant d'être soi



    © 2006